À PROPOS
D’origine franco-britannique, Caroline Delétoille s’intéresse à la mémoire et questionne ce qui échappe au regard. Après des études de mathématiques puis de management, elle exerce pendant 8 ans dans le conseil en stratégie. Parallèlement, elle développe une pratique artistique en ateliers, avant de s’y consacrer en 2021 à la suite d’événements personnels qui l’amènent à questionner en particulier la notion de perte.
Son travail a été depuis exposé en France, en Tchéquie et en Espagne. En 2024, elle est sélectionnée pour la résidence art-science du Consulat français à Vancouver, en collaboration avec l’University of British Columbia (UBC). En 2025, elle présente dans plusieurs institutions (CENTQUATRE-Paris, Collège de France, Maison Poincaré, UNESCO) un projet développé avec des laboratoires de recherche quantique et le musée Nicéphore Niépce de la Photographie. Elle aime travailler en dialogue avec le champ scientifique. Ses derniers sujets s’intéressent à la physique quantique, la transformation des forêts, la mémoire coloniale.
« En 2019, j’apprends par un coup de téléphone que la maison de famille a été vidée la veille et son contenu jeté. Plus rien ne reste, pourtant ce qui ne peut plus être ni regardé ni touché continue d’exister en moi. Ce questionnement autour de ce qui échappe au regard est au cœur de mon travail.
Je peins à partir de fragments : archives familiales, visages de proches ou d’anonymes, photographies que je redécouvre, lieux que je traverse… Ces images deviennent le point de départ d’une enquête à mener, l’occasion de réfléchir à ce que l’on garde, invente ou croit savoir.
Les motifs reviennent : l’enfance, les jardins, les portraits, le familier. Mais je ne veux pas une peinture qui reproduise. Je cherche à déformer, recadrer, saturer. Que les lignes perdent leur rectitude, qu’elles se courbent et s’animent. J’aime rouler l’image sous la presse, ou superposer les strates de medium en couches fines, jusqu’à ce qu’elles deviennent mouvantes. A mesure que les repères rationnels sont perturbés, l’imagination s’active. »
Caroline Delétoille
EXPOSITIONS PERSONNELLES
2025-2026 L’atelier quantique, Collège de France, commissariat Céline Boisserie-Lacroix, Paris, FR
2025 Sensation quantique, Maison Poincaré, musée des mathématiques, Institut Henri Poincaré, commissariat de Céline Boisserie-Lacroix, Paris, FR
2023 In & Out, salon d’honneur de la mairie du XXème, Paris, FR
2023 Macte animo !, galerie de l’IESA Arts & Culture, commissariat de Petre Hermann, Paris, FR
2023 Along the road, L’Adresse Stephane Macquaire Miromesnil, Paris, FR
2023 Summertime, Kiosque des Dunes, Barneville-Carteret, FR
2022 La journée au parc, La Cordée, Paris 12e, FR
2022 Enfance, La Fabrique, Ivry-sur-Seine, FR
2021 Incipit, Gallery Opening Canyelles, Barcelone, ES
EXPOSITIONS COLLECTIVES
2026 Festival Paris des Sciences, Mairie du XVIIIe, Paris, FR
2025-2026 Biennale Nemo des arts du numérique, commissariat Gilles Alvarez, CENTQUATRE, Paris, FR
2025 Lesni Kuze (« la peau de la forêt »), duo avec Pauline de Cabarrus,Telc Firehouse Gallery, Tchéquie
2025 Quantum Year Opening Ceremony, UNESCO, Paris, FR
2024 Open II, galería Espai Cenit, Barcelone, ES
2023 Tallers Obert, Astillero Espacio Cultural, Barcelone, ES
2023 Ligne 21, OpenBach, Vincennes, FR
2022 21e Salon des Arts Plastiques de Pierrefitte, Espace Maurice Utrillo CCC Pierrefitte, Pierrefitte-sur-Seine, FR
2022 La famille André, Cercle des amis de l’Ecole Polytechnique, Mairie du VIème, Paris, FR
2022 Poïesis, Espace Festina Lente, Portbail, FR
PRIX & COLLECTIONS
2025 Acquisition de deux peintures par Sorbonne Université
2025 Pré-seléctionnée au prix Pierre David-Weill 2025 de dessin contemporain de l’Académie des Beaux-Arts (Institut de France)
RESIDENCES
2025 Résidence de création avec la Montagne de Reims (Région Grand Est) et la Galerie Régionale de Vysocina, Tchéquie
2024-2025 Artiste & Laboratoire, recherche-création au Laboratoire Kastler-Brossel (Collège de France, Sorbonne Université, ENS, CNRS), Paris, FR
2024 Quantum Studio, résidence de l’Institut Français, University of Bristish Columbia and The Belkin Art Gallery, Vancouver, Canada
PUBLICATIONS
2025 « Sensation Quantique », Naima Editions, Presses du Réel. Direction Céline Boisserie-Lacroix. Avec : Aurore Young, Céline Boisserie-Lacroix, Caroline Delétoille, Shelly Rosenblum, Chadi Abo, Jules Grucker, Max-Louis Raugel, Dominique Mouhanna, Elie During
2023 « Macte Animo ! », avec l’associaton Kontemporama, livre d’exposition
CONFERENCES ET MEDIATIONS
2025 Colloque international « Diffractions Quantiques : arts et sciences en dialogue » Intervenante du colloque, réunissant artistes, commissaires, philosophes et scientifiques. Avec : Céline Boisserie-Lacroix, Gaël Charbau, Shelly Rosenblum, Olivier Dadoun, Caroline Delétoille (intervention), Mériam Korichi, Nadia Lichtig, Aurore Young. Porté par les chaires du Pr. Pierre-Michel Menger (Sociologie du travail créateur) et du Pr. Jean Dalibard (Atomes et rayonnement), Collège de France, Paris
2025 Rencontre, performance et dédicace à la Librairie L’Arabesque, avec Naima Editions, CENTQUATRE-Paris
2025 Journée transdisciplaire Bram, conférence à l’Ecole Normale Supérieure, Paris
2024 « Processus de créations et laboratoires », incubateur CENTQUATRE-Paris
2024 « Innovation & champs art-science », DOWELL Innovation, Nice
2024 « Mirroring memories : Exploring colonization legacy through archives, memory, and artistic dialogue», Dept. of Educational Studies, UBC, CA
2024 « Artist in residence Talk » conférence à la Belkin Gallery, Vancouver, CA
Médiations (depuis 2013)
2022-2026 : Ateliers auprès de scolaires (maternelle au lycée) et groupes adultes et familiaux, France, Canada, Tchéquie
2013-2021 : Animation d’ateliers professionnels (idéation, co-construction) auprès de groupes publics et privés (4 à >50 participants), France et étranger
FORMATIONS ARTISTIQUES
2019-2022 Formation aux techniques de l’image imprimée (monotypes, gravure, sérigraphie), Ateliers des Beaux-Arts de la Ville de Paris et Paris-Atelier Olympiades
2021 Techniques de Fresco Pompei, Ecole du Décor, Bordeaux
2020 Speculative Design, Escola Massana, Barcelone
2019 Dessin et peinture académiques (XIXe siècle), ‘summer school’, Barcelona Academy of Art
2018 Morphologie, ENSBA, Paris
2018 Mosaïque Romaine et Art-deco, Atelier Saint Blaise, Paris
2013-2021 Peinture, Ateliers de peinture de Didier Piketty et Karine Garcia, Ateliers des Beaux-Arts de la Ville de Paris
2005-2016 Dessin libre, Académie de la Grande Chaumière, Paris
2005-2009 Peinture et dessin, Académie du Viaduc des Arts, Paris
TEXTES
« Caroline Delétoille, faire maison d’une peinture, ambivalences du souvenir »
Texte par Céline Boisserie-Lacroix, Philosophe
Docteure en philosophie, Institut Jean-Nicod, École Normale Supérieure (ENS), École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS)
Faire maison d’une peinture. Ambivalences du souvenir
La première fois que Caroline Delétoille m’a présenté sa démarche, elle s’est confiée sur un évènement important qui l’avait longuement affectée. Un de ceux qui font que l’on se trouve confronté au sentiment d’une perte irrémédiable et qui, d’une césure nette, délimitent la fin de l’enfance. En l’espèce, la disparition d’un lieu aimé, réceptacle des premiers souvenirs. Ceux qui se plaisent à pister le moment fondateur d’une entrée en art tiendront là leur usual suspect, invoquant la notion rebattue de sublimation. Lecture honnête, à première vue seulement. Car c’est oublier qu’en art les évènements trop parfaits ne sont que des alibis, et que la cause réelle d’une vocation artistique échappera toujours à la plus grande sagacité.
Non-lieu du souvenir
Faute de preuves, s’en tenir aux faits. L’artiste, qui s’est longtemps exercée aux portraits complices de ses proches, s’est aussi orientée à ses débuts vers la représentation des jardins, ces lieux par excellence des bonheurs familiaux. Comme s’il s’était agi de contourner la maison, cet espace privé trop prompt à exposer le récit familial et les secrets qu’il renferme. Qu’ils plantent le décor de scènes d’enfance ou se constituent en objets prétextes de toiles plus descriptives, les jardins sont habilement figurés par des motifs luxuriants évoquant l’exotisme, ainsi que par des masses abstraites aux ombres mystérieuses. Et tandis que les êtres aimés semblent émerger de lointains, comme appartenant à des souvenirs sans lieu propre, cet ensemble d’effets formels dessine ce qui apparaît comme une distanciation ambivalente de l’intime. On ne sera donc pas surpris que ces premières toiles soient exemptes d’objets, ou si peu. Ce sont en effet des indices manifestes de notre « extimité » (Tisseron), qui parlent de nous malgré nous, par-delà la mise en scène de soi dont ils témoignent.
D’une maison l’autre
Si l’artiste évoque avec passion ses toiles plus récentes, c’est qu’elles font suite à un minutieux travail d’enquête au cœur des archives familiales. Or en s’attachant à retrouver une anecdote ravissante, à faire revivre la banalité d’un quotidien heureux, elle a fait sourdre chemin faisant le clair-obscur du roman familial. Et à la joie des souvenirs qui s’égrènent en sarabande a succédé la surprise de révélations incidentes, autant de micro-histoires qui ont certainement habité ses coups de pinceau. Partagée entre ses propres souvenirs d’enfance et une mémoire familiale qui la dépasse, Caroline Delétoille a élaboré un art pictural se révélant aussi comme un art de la mémoire, au sens que lui a donné Michel de Certeau dans son Invention du quotidien : un art dans lequel se « développe l’aptitude à être toujours dans le lieu de l’autre mais sans le posséder, et à tirer parti de cette altération mais sans s’y perdre ». De fait, le glissement de sa démarche qui, de son histoire particulière, s’est progressivement tournée vers celle de parfaits inconnus, s’est opéré naturellement. Investissant ainsi « le lieu de l’autre », elle nous offre une documentation subjective d’autres mémoires, des fragments d’histoires personnelles en échos familiers à nos propres vécus.
L’infra-ordinaire
Caroline Delétoille ausculte des images souvenirs pour en tirer la matière première de son art. Ses questionnements rejoignent ceux que Georges Perec a formulés dans l’Infra-ordinaire : « ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, le commun, l’ordinaire, le bruit de fond, l’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ? ». Qu’elle procède à partir de photographies exhumées, qu’elle recrée sur la toile ou qu’elle modifie par sérigraphie, ne doit alors pas nous surprendre. On retrouvera ainsi dans chacune de ses œuvres une intention de conserver ce quelque chose de l’instantanéité du médium photographique, tout en laissant transparaître ses accidents et lieux communs. Formellement, la filiation avec les grands peintres de l’intime et de l’enfance qu’ont été Pierre Bonnard, Édouard Vuillard et Félix Valloton est manifeste. En particulier, un clin d’œil immédiat se noue avec la plus fameuse toile de ce dernier, « Le Ballon », qui évoque l’inquiétante étrangeté de souvenirs d’enfance, un réalisme teinté d’un imaginaire énigmatique.
La maison retrouvée
Récemment, Caroline Delétoille a étendu sa démarche pour la développer à travers de nouveaux médiums d’expression. C’est en conservant cet esprit limier à partir duquel tout procède qu’elle s’est prise au jeu d’imaginer les vies d’inconnus découverts au hasard des enquêtes, à partir des indices photographiques qu’ils nous ont laissés. Et, par le biais d’un travail sur ces empreintes fragmentaires, leur rendre un modeste hommage. Ses propositions d’installations, qui relient images, textes et objets, sont placées sous les figures tutélaires de Christian Boltanski et de Sophie Calle. Elles tissent un réseau de signes à travers des objets rescapés qui interrogent, inlassablement, la singularité de nos mémoires personnelles.
Lorsque l’on sait que l’on va devoir se départir d’un lieu aimé, on peut, à l’instar du cinéaste portugais De Oliveira dans son film posthume « Visite ou Mémoires et Confession », entreprendre de le documenter pour en garder la trace. Mais lorsque la maison est désormais fermée, reste à en placer les souvenirs dans la demeure de l’art et façonner ainsi un nouvel espace habitable.
Céline Boisserie-Lacroix,
Philosophe
Texte pour l’exposition « Macte animo ! », par Petre Hermann, Commissaire d’exposition
Le projet KONTEMPORAMA présente “MACTE ANIMO!”, une exposition picturale et graphique de l’artiste Caroline Delétoille. Son travail documente des souvenirs ordinaires et personnels, tout en créant des traces de mémoire qui lui permettent ensuite de raconter des histoires et de jouer entre la réalité et la fiction.
Macte Animo est une locution latine qui invite le visiteur à avoir du courage. Courage de continuer malgré tout, malgré les eaux périlleuses et les dangers des vagues de la vie.
Entre images d’archives et peinture, Caroline Delétoille navigue et nous emmène dans son histoire familiale et celle d’inconnus dont elle met en scène et recompose des moments de vie. Les couleurs vives utilisées dans ses peintures rompent avec la monotonie des pellicules argentiques d’époque ou celles d’un quotidien en demi-teinte. Elles se combinent souvent pour créer des atmosphères saturées de verts, de jaunes et de bleus. Par l’exploration plastique des traces de la mémoire, l’artiste se questionne sur les souvenirs, leurs narrations et leurs recréations. En superposant ses coups de pinceau en formes ondulées et incarnées, elle matérialise sur la toile les délicats brins de la mémoire qui sont tissés dans les maillages de nos vies, et nous invite à contempler sa nature éphémère, complexe et insaisissable.
Passant par des paysages baignés de teintes franches jusqu’aux portraits intimes vivants et mémoriaux, l’exposition présente plusieurs séries qui reflètent la nature multiple de nos propres souvenirs face à un temps qui avance et les efface. Cette artiste polyvalente compose le sujet à travers les mediums et techniques pour créer un dialogue captivant entre les protagonistes et leur environnement dans une invitation à vivre pleinement le temps présent.
Macte Animo !
PETRE HERMANN, Commissaire d’exposition, fondateur de Kontemporama – projet curatorial visant à soutenir les artistes qui écrivent l’art contemporain
Contact
T: +33 (0) 6 71 15 82 15
Mail: studio@carolinedeletoille.com
Sur les réseaux sociaux :
@carolinedeletoille (instagram / facebook)
Visites privées d’atelier sur rendez-vous.

